Fichiers

Résumé

En 2016, J. Hochmann publiait dans cette même revue une invitation à mener une recherche sociologique sur la « bataille de l’autisme », pour comprendre comment s’est constituée une « pensée totalitaire » autour d’un « objet imaginaire », l’approche psychanalytique de l’autisme. Nous nous appuyons sur une recherche en cours pour décrire l’importation de cette « bataille » en Suisse romande. Dans un premier temps, nous décrivons comment se forme et se diffuse un discours pro-TCC/anti-psychanalyse dans les sphères professionnelle, politique et sociétale. Nous analysons ensuite comment les parents militants, organisés en associations, contribuent à diffuser ce discours de telle sorte que les instances politiques s’en emparent. Nous observons que la controverse s’appuie sur une (re)lecture particulière des guides de bonnes pratiques qui permettent de légitimer les approches TCC au détriment de la psychanalyse ou, plus généralement, de la psychothérapie institutionnelle. Notre analyse révèle enfin que la (sur)valorisation des approches cognitivo-comportementales précoces et intensives fait apparaître de nouvelles formes de culpabilité chez les parents d’enfants diagnostiqués TSA, alors même que leur succès initial est en partie dû à un travail actif de déculpabilisation étiologique des parents.

In 2016, the psychiatrist J. Hochmann published an invitation to undertake a sociological investigation on the “autism battle”, in order to understand how a “totalitarian thinking” emerged around the fantasized “psychoanalytical approach” of autism. We rely on an ongoing research to describe the import of this battle into French-speaking Switzerland. We first describe how a pro-CBT and anti-psychoanalysis discourse is shaped and publicized in the professional, political and societal spheres. We then analyze how the associations of parents help to spread this discourse, so that the political authorities take it up. We observe that the controversy builds on a particular understanding of the guides of good practices that help to legitimize CBT approaches to the detriment of psychoanalysis or, more generally, of institutional psychotherapy. Finally, our analysis reveals that the overrating of early and intensive cognitive behavioral therapies generates new forms of guilt in parents of children with ASD, even though their initial success is in part due to an active rhetoric of etiological parental exculpation.

Détails

Actions

Aperçu